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Introduction à la science politique
Descriptif :
L’objectif de ce cours de science politique et de présenter les notions fondamentales de la
science politique contemporaine. Seront privilégiées les approches historiques et sociologiques.
Qu'est-ce que la science politique ?
De toutes les sciences sociales, l'étude des phénomènes politiques est la plus ancienne, bien
avant les Grecs, les Chinois se sont interrogés sur la meilleure manière d'organiser leur société.
La science politique est une discipline universitaire autonome et qui est enseignée dans un cadre
très spécial.
Le projet de la science politique et de rendre compte scientifiquement des phénomènes
politiques (la discipline est plutôt tournée vers les sciences historiques et sociales).
Des contraintes spécifiques pèsent sur la discipline :
-1- Contrainte de distance à la pratique : elle ne vise pas à apprendre à gouverner, il s'agit juste de
comprendre les phénomènes politiques, comme un spectateur qui analyserait la politique.
-2- Pour se mettre aussi à distance de la pratique on doit s'imposer une contrainte d'objectivité et
de neutralité. En aucun cas, on ne va discuter de politique et émettre des opinions.
-3- L'analyse scientifique s’oppose à la subjectivité (on doit rompre avec le sens commun).
Rupture avec le sens commun :
Il faut douter de ce que nous savons, car cela est en grande partie constitué par des préjugés et
considérer les phénomènes humains tout comme les scientifiques considèrent les phénomènes de
la nature. « Il faut considérer les faits sociaux comme des choses ». Durkheim
- La science politique est la science qui étudie les phénomènes politiques, plus précisément elle
consiste à étudier le processus politique mettant en jeu les rapports de pouvoir entre les individus,
les groupes et surtout au sein de l'État.
- La science politique étudie :
1- Les objets traditionnellement perçus comme politiques (État, institutions gouvernementales,
parlementaires, les décisions publiques, les élections, les partis politiques, les doctrines et les
idéologies politiques, les relations internationales etc.)
2- Dans une perspective sociologique, la dimension politisée des rapports sociaux (relations entre
classes ou communautés, phénomènes de domination sociale, liens entre la vie économique et les
systèmes politiques, entre inégalités sociales et participation politique, entre apparence religieuse
et activité politique etc.)
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3- Les objets sociaux qui peuvent peser sur la sphère du politique (organisation du travail).
La science politique est une discipline autonome qui a pour objet d'étude les phénomènes
politiques. Cette discipline a émergé au sein de ce qu'on appelle les sciences politiques. Elle a été
longtemps liée au droit mais progressivement elle s'est approchée des sciences sociales et elle a
emprunté les démarches scientifiques de ces disciplines.
La science politique tente toujours d'apparaître comme discipline autonome par son objet
d’étude à savoir les questions politiques ou phénomènes politiques.
Les champs d'étude de la science politique :
- la sociologie du vote et la participation politique.
- Les idéologies et les représentations politiques.
- L'anthropologie politique.
- Les institutions politiques.
- Les politiques publiques.
- Les relations internationales.
Qu'est-ce que le/la politique ? question de l’examen
Le terme politique renvoie à un ensemble flou et hétérogène. C'est une notion polysémique,
relative à une société donnée et à une époque donnée.
Rien n'est politique par nature mais tout peut le devenir. Les faits politiques n'existent pas
naturellement, on peut dire que « c’est politique ce qui est pris en charge par les acteurs
politiques ».
Il faut distinguer :
La politique : désigne la vie politique, l’arène les responsables politiques s'affrontent pour la
conquête du pouvoir (par exemple s'engager en politique, faire de la politique).
La politique : renvoie au programme d'action mis en place par une institution pour atteindre des
objectifs donnés (par exemple l'État qui met en œuvre des politiques sociales ou encore une
entreprise qui définit une politique des ressources humaines).
Le politique : l'emploi du masculin renvoie à celui qui gouverne, qui exerce des responsabilités
dans la société, qui détient le pouvoir.
Qu'est-ce qu'un acteur politique ?
L'État, le gouvernement et tout ce qui renvoie aux collectivités territoriales. Ces dernières ont
d'ailleurs plus de pouvoir depuis le processus de décentralisation (plus de décisions prises au niveau
des régions…) (il y a aussi les partis politiques, les groupes d'intérêts ou lobbys, les syndicats…)
La science politique ne se réduit donc pas à l'étude de la vie politique mais s'intéresse à tout ce
qui a trait au fait politique ou peut le devenir.
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À quoi sert la science politique ?
La science politique sert à rendre compte scientifiquement les phénomènes politiques. Elle vise à
porter un regard neutre et pertinent sur les phénomènes politiques.
Quels sont les objets d'études de la science politique ?
1- La science politique analyse la diversité des phénomènes politiques dans le temps et dans
l'espace.
2- La science politique étudie les comportements politiques lors des élections.
3- Elle observe comment les pays du monde essaient de s'organiser pour prendre des décisions en
commun.
L'objet de la science politique est donc le conflit et sa régulation par l'utilisation du pouvoir. Cela
signifie qu'aucun problème de société n’est par nature politique mais que n'importe lequel est
susceptible de le devenir pourvu qu'un groupe politique s'en saisisse.
Les sous discipline propres à la science politique : question de l’examen
Dans la science politique Philippe Braud distingue quatre sous disciplines propres à la science
politique :
- 1 La théorie politique : elle porte sur divers concepts celle que le pouvoir, la nation, l'État, la
mobilisation, et recherche à formuler des théories des modèles interprétatifs de la réalité politique
et s'interroge sur les méthodologies employées.
- 2 La sociologie politique : elle désigne l'étude des acteurs de la vie politique (institution, parti,
groupes d'intérêts, personnel public, force sociale…) .
- 3 La gouvernance les politiques publiques : il s'agit de l'étude du fait administratif,
compartiment de la sociologie politique, mais dont la largeur justifie une certaine autonomie (la
gouvernance désigne l'étude comparée des processus décisionnels dans toutes les institutions et
pas seulement dans les administrations)
- 4 les relations internationales : c'est l'étude des rapports interétatiques mais aussi ses
activités des organisations internationales.
La distinction de la science politique avec les disciplines voisines : question de
l’examen
1- Vis-à-vis du droit constitutionnel :
La science politique partage avec le droit constitutionnel un certain nombre de ses objets. Par
exemple le régime politique actuel intéresse la science politique en tant que système politique et il
intéresse le droit par la constitution en elle-même. La différence entre ces deux disciplines est que
la science politique connaît pour connaître et le droit pour réagir.
Le terrain de la science politique est plus vaste que celui du droit constitutionnel car il inclut,
outre le droit, les mécanismes, les croyances, les idéologies et les valeurs.
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2- Vis-à-vis de la sociologie :
Cette fois cest la science politique qui est incluse dans la sociologie. Les deux disciplines ont une
même nature, ce sont des sciences des phénomènes sociologiques. Mais la sociologie est bien plus
vaste. Mais faut-il alors parler d'une « branche de la science politique » ? Ou utiliser l'expression de
sociologie politique ?
Il existe deux thèses distinctes sur ces questions, la première ayant dépassé la deuxième depuis les
années 1980.
a- Selon la première thèse, la science politique n'est qu'une science sociale comme les
autres : il s'agit d'un point de vue du marxisme et des doctrines qui en sont issues (le refus de la
particularité des faits politiques) c'est le totalitarisme marxiste ou le marxiste totalitaire.
Pour Marx, les faits politiques ne sont ni particuliers ni autonomes.
b- La deuxième thèse affirme la spécialité du politique : cette tendance considère que,
certes les faits politiques sont des faits sociaux mais des faits sociaux particuliers dans la mesure
ils ne concernent pas l'ensemble de la vie en société mais seulement les phénomènes liés à
l'exercice d'un pouvoir politique chargé de défendre et d'imposer des décisions collectives.
En faveur de cette thèse on peut avancer le passage d’une catégorie à une autre (par exemple :
une grève est un conflit social qui peut devenir politique en dépassant la revendication corporative
et en donnant une arme aux mains d’un parti en luttant contre le gouvernement). Mais si le passage
d’une catégorie à une autre est perceptible, c’est bien la preuve que ces catégories présentent bien
une autonomie.
3- Vis-à-vis de l'histoire :
Ces deux disciplines sont étroitement liées. L'histoire analyse des faits précis, des chronologies,
et la science politique s'intéresse à la généralité à la mise en modèle ou en système de ce qui
ressort de l'histoire.
Les deux sciences sont solidaires car la science politique se sert dans l'histoire de toutes les
illustrations, de ses conceptions et ses théories, et l'histoire se sert de la science politique pour
comparer les diverses formes des phénomènes qu'elle rencontre.
Selon JM Denquin « la réflexion progresse donc par un va et vient du particulier au général, de
l’abstrait au concret. L’abstrait ne peut être élaboré qu’à partir du concret sinon il tomberait dans
l’arbitraire, sinon il sombrerait dans l’insignifiance car on ne pourrait pas comparer les phénomènes
entre eux». La distinction entre l’histoire et la science politique est donc à la fois claire et relative, ce
n’est, au sens propre du terme, qu’une différence de point de vue.
En tant que science sociale la science politique répond à deux questions :
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1- Comment la science politique est-elle née ?
2- À quelle condition la science politique est-elle une science ? De quoi est-elle une science ?
1- Comment la science politique est-elle née ? question de l’examen
1- Dès l'Antiquité, il existait des formes d'organisation politique. C'est du mot polis signifiant cité
que découle le mot politique. Puis, c'est la res publica, la chose publique, instaurant l'égalité des
droits publics pour tous dans le Rome antique, à l'exception des esclaves.
La réflexion sur les problèmes politiques est ancienne, elle remonte au cinquième et au
quatrième siècles avant Jésus Christ. À ce moment-là elle est l'œuvre de philosophie : l'objet
politique est d'abord appréhendé sous l'angle philosophique : Platon et Aristote plaçaient déjà la
science politique au cœur de leurs réflexions.
Mais pendant longtemps, le savoir sur la science politique fut synonyme de savoir sur la
science de gouvernement.
Toutes les premières analyses privilégiaient le jugement moral, le devoir-être, au détriment de
l'étude des réalités observables.
De Platon à Rousseau, les auteurs portent des jugements de valeur. Ils insistent sur ce qui
devrait être au lieu d'analyser les phénomènes politiques réels. Pourtant, certains auteurs
commencent à livrer des réflexions fondées sur une observation empirique rigoureuse ; ils
apparaissent comme des précurseurs de la science politique moderne. Ils sont les premiers à tenter
de théoriser ce qui se rapporte à la science du gouvernement, aux affaires de la cité (Aristote,
Machiavel et Montesquieu)
Des travaux vont au-delà de la philosophie politique :
1- Aristote :
Aristote se livre systématiquement à une observation scientifique des régimes politiques
existants. Avec ses élèves, il rédige une série de monographies sur les constitutions de 158 cités
grecques et étrangères. Sa démarche reste largement philosophique ; même s'il est le premier à
faire une observation systématique (scientifique)
2- Machiavel :
On peut considérer que la science politique est née réellement au 16
ème
siècle avec Machiavel. Il
est le premier à séparer la morale et la politique. En 1532 Machiavel publie « le prince », œuvre de
circonstance dédiée à Laurent II de Médicis. Sa contribution à la naissance de la science politique est
décisive car il lui apporte un objet, une méthode et des lois.
a- Un objet : il centre son étude sur l'État, il crée d'ailleurs le mot au sens moderne, il réfléchit
sur la conquête, l'exercice du pouvoir, le maintien du pouvoir, l'accroissement/la perte du pouvoir.
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b- Une méthode : il adopte une démarche positive qui coupe la science politique de la morale
et de la religion ; il cesse de mener ses travaux en juge et philosophe pour devenir observateur et
témoin. L'analyse du politique devient descriptive et non plus normative (école des faits)
c- Des lois : il substitue l'observation directe au raisonnement pur. À partir des faits qu'il
observe, il tente de dégager des constances, des relations, des successions significatives. Il s'efforce
de découvrir des lois qui relient et expliquent les événements.
3- Montesquieu :
Troisième précurseur (personne ayant ouvert la voie à de nouvelles idées ou de nouveaux
mouvements)
Montesquieu qui a publié « l'esprit des lois » en 1748, servant de vaste enquête sur les lois, les
systèmes juridiques et politiques de divers pays. L'État y est envisagé comme une structure, une
totalité, et il essaye de saisir l'ensemble en étudiant les partis. Il annonce les notions de système
social et structure sociale, et analyse les faits sociaux comme étant reliés entre eux par des liens
subjectifs. Ainsi, dans sa préface, il écrit « je n'ai point tiré mes principes de mes préjugés mais de
la nature des choses » et dans le chapitre 2 « on dit ici ce qui est, et non pas ce qui doit être ».
Ces trois auteurs ont avancé des propos dont la science politique fait toujours usage. Ce n'est pas
par hasard si Machiavel évoque la force (le lion) et la ruse (le renard), et ceux-ci sont l'emblème
(symbole) de la science politique.
On peut situer la naissance de la science politique moderne dans la seconde moitié du 19
ème
siècle, aux États-Unis, à l'université de Columbia.
Finalement, la discipline se voit consacrée au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ce
développement après la seconde guerre mondiale est lié à un renouvellement des forces politiques,
des rapports de force électoraux, d'où l'intérêt pour les recherches permettant d'expliquer cette
évolution. Jusqu'en 1945, la science politique était un ensemble de savoirs techniques orientés vers
un objectif précis ; celui de bien gouverner l’État : une science au service de l'État, marquée par le
droit.
Aujourd'hui, la science politique a pour but d'expliquer les phénomènes politiques en les
analysant comme le produit de multiples forces, stratégies, acteurs.
Pour s'imposer comme discipline scientifique autonome, elle s’est émancipée de la philosophie
politique, du droit public, de la sociologie.
2- A quelle condition la science politique est-elle une science ? De quoi est-elle
une science ? question de l’examen
Il existe d'ailleurs une controverse sur le caractère scientifique de l'analyse des rapports
politiques:
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a- Pour André Marie Ampère (physicien et chimiste français), la science politique a sa place
parmi les autres sciences.
b- Tandis quAuguste Comte et David Emile Durkheim estiment qu'elle n'a pas sa place. On
assiste peu à peu à une institutionnalisation de la science politique : les facultés de droit en
revendiquent enfin l'enseignement, même si elles considèrent que ce n'est pas une branche
du droit. Mais pour les membres de l'école libre, la science politique se base sur l'histoire et
non sur le droit.
En tant que science, la science politique répond à deux questions :
1- Qu'est-ce qui fait la spécificité de l'objet d'étude ?
2- En quoi la science politique à un point de vue particulier sur cet objet ?
1-Qu'est-ce qui fait la spécificité de l'objet d'étude ?
- Cet objet d'études est la politique : « Ensemble d'individus qui se disputent l'accès à des
positions de pouvoir et qui pour ce faire cherchent à obtenir le soutien de la population, des
citoyens ».
- On définit par le politique au singulier : « L'ensemble de phénomènes qui touchent au
gouvernement d'une société c'est-à-dire à la fonction qui va consister à diriger cette société ».
Il existe des individus à qui on reconnaît le droit de prendre des décisions pour l’ensemble de la
société (gouvernants). La science politique cherche à savoir :
Qui sont ces gouvernants qui prennent les décisions et qui engagent la responsabilité de
toute la société ?
Comment ils arrivent à imposer leur choix aux gouvernés ?
Dans quelle mesure les gouvernés influent-ils ou pas dans les choix de leurs
gouvernements ?
Cette relation entre les gouvernés et les gouvernants, on la définit à partir de deux notions : le
pouvoir et la domination.
a) le pouvoir : Pour définir cette notion de pouvoir, Robert Alan Dahl, (sociologue américain)
explique que le pouvoir dans une société est un phénomène relationnel et pour le qualifier on va
pouvoir dire qu’il y a pouvoir lorsque l’individu A a du pouvoir sur l’individu B lorsqu’il peut obliger B
à faire quelque chose que cet individu B n’aurait pas fait sans son intervention. Il met l’accent sur
que le pouvoir est avant toute chose une capacité à contraindre les individus, à les amener à un
comportement qu’ils n’auraient pas forcement adop : peut passer par la violence, de la
persuasion. Et le pouvoir politique c’est souvent de la persuasion. Ce pouvoir va être politique
quand il aura une incidence sur la manière dont la société est gouvernée.
b) la domination : phénomène qui consiste pour tout ou partie des membres d’une société à
considérer que certains individus sont légitimes pour leur imposer des choix. Elle renvoie au fait que
en tant que membre d’une société du fait de l’éducation que l’on a reçue on a tous tendance à
considérer que certains individus ont le droit de nous contraindre : domination sociale. En tant que
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citoyen d’un pays on considère qu’un certain nombre d’individus qui gouvernent ont une légitimité
de nous contraindre.
Max Weber : sociologue qui écrit dans les années 60-70, dans un ouvrage « économie et
société » : de l’antiquité jusqu’à nos jours trois grands types de domination politique sur lesquelles
ont reposé les différentes formes de régime politique des sociétés:
La légitimité traditionnelle.
La légitimité charismatique.
La légitimité rationnelle légale.
2-En quoi la science politique à un point de vue particulier sur cet objet ?
Il repose sur un pari qui est de dire que le politique peut faire l'objet d'une analyse scientifique.
Dans quelle mesure on peut avoir un point de vue scientifique sur les phénomènes politiques ?
Depuis le 19
ème
siècle, on considère qu'un savoir mérite le titre de science dès lors qu'il
correspond aux modèles des sciences expérimentales. Il faut qu'elle ait fait l'objet d'une
expérimentation qui consiste à isoler de manière artificielle l’objet que l'on veut étudier et le
soumettre à une expérience particulière dont on tirera des conclusions. Le problème avec la
science politique et que l'objet sur lequel on travaille se prête difficilement à cette démarche des
sciences expérimentales, et ce à deux raisons :
Première raison : lorsque l'on travaille sur des phénomènes politiques, le scientifique a une
série d'idées préconçues. Donc la question de l'objectivité pose beaucoup plus de problèmes.
Deuxième raison : les phénomènes politiques sur lesquels on travaille ne peuvent faire
l'objet d'une expérimentation. Pour tester une hypothèse, on va reproduire l'expérience en
changeant plusieurs paramètres.
Ils étaient d'accord que ce modèle est une sorte d'objectif à atteindre, mais pour pouvoir faire
des sciences politiques comme les sciences expérimentales cela était inconcevable.
Chapitre 1 : l'identification du pouvoir politique :
Section 1 : pouvoir, domination et légitimité
Tout pouvoir n’est pas politique. Les sphères économiques, militaires, religieuses ... connaissent
elles aussi des phénomènes de pouvoir.
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Le pouvoir politique est celui qui s'exerce dans l'État. De nos jours, l'État n'est plus le seul cadre
de ce pouvoir : du fait de la décentralisation, il s’exerce aussi au niveau local, infra-étatique et, du
fait de la construction européenne, supra-étatique (institutions européennes).
Toute analyse du pouvoir politique suppose au moins que l'on pose deux questions :
Qu'est-ce que le pouvoir politique ?
Quelles formes prend-il ?
I- Qu'est-ce que le pouvoir politique ? question de l’examen
A-définition :
a- Etymologiquement :
C’est le pouvoir dans la société dans l'État.
C'est le pouvoir de prévision, d'impulsion, de décision et de coordination à l'appareil dirigeant du
pays, en principe de l'État c'est-à-dire aux gouvernants (organe exécutif essentiellement) et qui
permet de déterminer et de conduire la politique nationale.
Le pouvoir politique et le pouvoir de prévision, d'impulsion, de décision et de coordination qui
appartient aux gouvernants, et qui permet de déterminer et de conduire la politique nationale.
b- En sciences politiques :
- La théorie juridique traditionnelle définit le pouvoir comme une substance. Le pouvoir serait
ainsi « quelque chose que l'on a, que l'on peut posséder ». Or cette conception, qui est admise par
le sens commun comme le montre l'expression « il a pris le pouvoir » envisage le pouvoir dans une
seule dimension, celle d'une relation unidimensionnelle. Ainsi les règles suffiraient à elles seules
pour assurer le contrôle des relations humaines. Elle ne prend donc pas en compte le processus
d'interaction.
- Conception relationnelle : A la différence de la théorie juridique substantialiste et du sens
commun, la conception relationnelle affirme que le pouvoir ne se détient pas, mais qu'il est
toujours une relation entre individus. Les sociologues Michel Crozier et Erhard Friedberg (L’acteur
et le système, 1971), en observant la façon dont les acteurs subissent le pouvoir, remarquent qu'ils
s'y adaptent et peuvent mêmes influencer les décisions de ceux qui se trouvent au sommet de la
hiérarchie. Ils estiment ainsi que "le pouvoir est une relation et non un attribut des acteurs", que
cette relation est "un rapport de forces dont l’un peut retirer davantage que l’autre, mais ou,
également, l’un n’est jamais totalement démuni devant l’autre". Les individus qui subissent la
domination ne sont donc jamais totalement dépourvus d’une capacité à répondre. Le pouvoir est
certes une relation déséquilibrée, mais elle demeure une relation réciproque (l’esclave dépend du
maître, comme le maître de l’esclave).
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Cette conception relationnelle du pouvoir (s’oppose à la théorie juridique) est aujourd'hui
partagée par la majorité des politologues. Elle a influencé le philosophe Michel Foucault pour qui "le
pouvoir n’est pas quelque chose qui s’acquiert, s’arrache ou se partage, quelque chose qu’on garde
ou qu’on laisse échapper ; le pouvoir s’exerce à partir de points innombrables, et dans le jeu de
relations inégalitaires et mobiles" (Dits et écrits).
Dans "The concept of power" (1957), Robert Dahl définit le pouvoir comme une relation
interindividuelle asymétrique entre des individus qui présentent une inégalité de ressources ou de
capacités : "le pouvoir d’une personne A sur une personne B, c’est la capacité de A d’obtenir que B
fasse quelque chose qu’elle n’aurait pas fait sans l’intervention de A". La relation est toujours
interactive, car Dahl considère que la personne B participe aussi à l’exercice du pouvoir dans la
matière dont elle réagit.
B- Caractères du pouvoir politique :
C’est un phénomène d’autorité. Donc, il nécessite une double relation: commandement
et obéissance. C’est pourquoi on distingue les gouvernants (à qui le pouvoir est dévolu) qui
commandent des gouvernés qui obéissent.
Il est contraignant. La contrainte matérielle sert, non pas à fonder le pouvoir, mais à le
maintenir.
Il est initial car tout part des dirigeants.
Il a une vocation globale. L’autorité du pouvoir politique s’applique à tous et peut porter sur
tous les domaines. Ex : économie, social, enseignement, c’est ce qui permet de le distinguer
d’autres phénomènes d’autorité.
Aujourd’hui, le pouvoir politique est institutionnalisé c’est-à-dire qu’il s’est dissocié de la
personne des gouvernants pour se porter sur une entité qui lui sert de support, soit l’Etat (depuis le
17
ème
siècle). Cette évolution est capitale car les dirigeants n’ont de compétences qu’en raison de
leurs fonctions, ils ne sont que dépositaires provisoires du pouvoir. La légitimité les dépasse et leur
survie.
C) Les rapports entre pouvoir politique, institutions et droit
Le pouvoir politique constitue la source des institutions et du droit. C’est lui qui établit
les organes exerçant le commandement et en assure le fonctionnement, il édicte les normes et
prévoit leurs sanctions.
Mais le pouvoir politique doit respecter les institutions et se soumettre au droit. Et il doit
respecter les règles édictées pour toute modification. Ex: la révision de la Constitution. C’est la
garantie d’un Etat de droit. L’Etat de droit est plus facile à faire respecter dans les régimes
pluralistes car les pouvoirs sont croisés que dans les régimes où le pouvoir est centralisé.
II- Les types de pouvoir ? question de l’examen
Philippe Braud dans « Du pouvoir en général au pouvoir politique » (in Traité de Science
politique, 1985) estime que "le pouvoir exercé par un chef hiérarchique sur ses subordonnés n’est
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pas le même que celui du journaliste influent sur ses lecteurs ; l’ordre donné par un officier à ses
hommes n’est pas assimilable aux suggestions faites par un conseiller à son ministre. Et pourtant
dans tous les cas, il y a capacité d’obtenir d’autrui quelque chose qu’il n’aurait pas fait autrement".
Cette observation l’amène à distinguer deux sortes de pouvoir selon qu’il existe ou non une
coercition :
L’injonction (type de pouvoir avec coercition) : elle relève de la norme juridique, de la
prescription morale ou de l’injonction de fait (cette dernière se produit lorsqu'un individu adopte un
comportement qui correspond aux attentes implicites d'un autre individu). Elle conduit à distinguer
deux garanties d’effectivité qui sont souvent étroitement articulées (le pouvoir d’un professeur
repose à la fois sur la coercition matérielle par le biais de sanctions et sur la coercition psychique à
travers des jugements négatifs portés sur l’élève) :
o La coercition matérielle : elle renvoie aux textes législatifs ou réglementaires (du code pénal au
règlement intérieur d’un lycée), ceux qui contreviennent à ces textes peuvent faire l’objet de
sanctions (condamnation pénale, exclusion d’un élève par un conseil de discipline, etc.) ;
o La coercition psychique : elle renvoie à la condamnation morale. Par exemple, un catholique
pratiquant le recours au divorce sera sanctionné par l’interdiction d’accéder aux sacrements.
L’Eglise exerce ici ce que M. Weber appelle "le monopole des biens de salut". La coercition
psychique est fréquente au sein des relations interpersonnelles (utilisation des relations affectives
comme source de pouvoir sur l’autre).
l’influence (type de pouvoir sans coercition) : elle repose soit sur la persuasion (le recours à des
récompenses en faveur de celui qui se soumet à l’influence), la manipulation (l’utilisation de
l’information) ou l'autorité (le recours à la légitimité hiérarchique). Son efficacité n’est pas garantie
par des sanctions (recours à la force), mais elle s’accompagne de moyens incitatifs (gratifications
symboliques et matérielles) ou utilise le ressort des passions humaines (comme par exemple la
crainte ou le respect).
De cette typologie, on peut distinguer le pouvoir spécifiquement politique des autres formes de
pouvoir :
Le pouvoir politique : c’est un pouvoir d’injonction ou de coercition qui repose sur la contrainte
physique, morale ou juridique.
Le pouvoir d’influence : c’est un pouvoir qui recourt à la persuasion (voire à la manipulation) ou
qui résulte de l’action d’une autorité légitime.
III) Le pouvoir apparaît comme une dimension indépassable de la vie sociale :( Le pouvoir est
une dimension inséparable de toute société humaine. Mais dans les sociétés démocratiques
contemporaines, le pouvoir politique est un monopole de l’Etat)
L’idée d’une société sans pouvoir, c’est-à-dire toutes les interactions seraient strictement
symétriques semble très largement illusoire. Dans Anthropologie politique, Balandier écrit : "pas de
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société sans pouvoir politique, pas de pouvoir sans hiérarchies, et sans rapports inégaux instaurés
entre les individus et les groupes sociaux". Cela vient du fait qu’au sein de chaque société, il existe
une compétition entre les individus et que le pouvoir politique est le moyen de la contenir et de la
réguler. Le pouvoir politique établit une hiérarchie et la fait respecter au moyen de garanties et de
sanctions juridiques ou non.
Mais pour être efficace, le pouvoir doit être accepté. C’est le sens de la distinction opérée par
Weber entre la puissance et la domination. Max Weber dans Economie et société distingue :
La puissance : elle "signifie toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa
propre volonté, même contre des résistances, peu importe sur quoi repose cette chance" ;
La domination : "signifie la chance de trouver des personnes déterminables prêtes à obéir à un
ordre de contenu déterminé".
Le concept de domination suppose donc un certain consentement à l’obéissance. Ce
consentement repose sur le fait que l’ordre reçu est considéré comme légitime. Max Weber
construit aussi trois idéaux-types de la légitimité : question de l’examen
Traditionnelle : repose sur "la validité de ce qui a toujours été", sur la croyance dans la
sainteté des traditions ;
Charismatique : s’appuie sur les qualités exceptionnelles reconnues à un héros ou à un chef.
Légale-rationnelle : elle repose sur la légalité des règlements, leur validité formelle, leur
dimension rationnelle.
C’est cette dernière forme de légitimité, la légitimité légale-rationnelle, qui caractérise le plus nos
sociétés démocratiques (même si elle n'a pas supplanté totalement les deux autres idéaux-type de
IV) Les spécificités du pouvoir politique:
L'originalité du pouvoir politique par rapport aux autres pouvoirs, c'est qu'il s'exerce sur
l'ensemble de la société. Les détenteurs ont vocation à définir les prérogatives, les limites, de toutes
les autres formes de pouvoir s'exerçant dans la société. Ce pouvoir peut légitimement recourir à des
sanctions pouvant être violentes, par recours à la contrainte (monopole de la contrainte physique).
Ainsi les décisions seront respectées par l'ensemble de la collectivité.
Le pouvoir politique peut être défini comme un mode de domination combinant coercition et
formes variées de légitimation. Il est appréhendé comme une relation entre acteurs sociaux. Dans
les sociétés modernes, il s'est institutionnalisé dans des structures étatiques ; en imposant une série
de monopoles qui se renforcent mutuellement. L'autorité politique dispose du monopole de
coercition légitime sur l'ensemble du territoire et surtout a vocation à agréger pacifiquement
l'ensemble des intérêts s'affrontant sur le territoire considéré et entre les acteurs concernés.
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Section 2 : l'exercice du pouvoir politique :
Les conceptions relatives au rôle de l'État ont varié au fil des ans et selon les doctrines politiques.
Les libéraux professent une certaine méfiance à l'égard de l'État : à leurs yeux, celui-ci doit avoir un
rôle limité (gardien de l'ordre, garant des règles du marché). Mais il existe aussi des conceptions
plus interventionnistes : l'État est perçu comme un outil de développement économique.
§1. L’autonomie du « politique »:
La prééminence du pouvoir politique est un fait évident. Les gouvernants sont investis par le
peuple, ils sont dépositaires de la souveraineté, ils élaborent des lois auxquelles les citoyens doivent
obéir. Mais ils subissent également des pressions auxquelles ils ne peuvent pas intégralement
résister. Toute analyse des mécanismes décisionnels révèle que des relations complexes
s'établissent entre les responsables politiques, la haute fonction publique, les experts, les
représentants des groupes d'intérêts et les leaders d'opinion.
Le pouvoir politique est dépendant à l'égard des détenteurs du pouvoir économique. Ces
derniers tirent leur influence des moyens financiers qu'ils peuvent engager dans le combat
politique, sont garants de l'économie (distribuent les emplois, sont sources de revenus...). Il est
également dépendant à l'égard des leaders d'opinion (intellectuels, journalistes, dirigeants de
syndicaux...) car ceux-contribuent à façonner les représentations que se font les citoyens de leur
situation et avenir, ils formulent les attentes et exigences des citoyens, expriment / contribuent à
relayer l'insatisfaction / la confiance des gouvernés à l'égard des institutions.
Le politique dispose d'un certain nombre de ressources pour répondre à ces influences : l'arme
législative (édicter des normes), le monopole de la contrainte, un certain nombre de moyens pour
imposer sa volonté sur le terrain (ex : administrations publiques).
Dans les sociétés contemporaines, les systèmes politiques sont complexes : conception pluraliste
du pouvoir, défini par Robert Dahl (Qui Gouverne) selon qui il existe une diversité des intérêts, une
autonomie des organisations influençant le pouvoir de l'extérieur. Il montre comment le pouvoir
politique s'exerce en combinant différentes alliances, en affrontant de multiples oppositions entre
des groupes différents. Le pouvoir apparaît alors comme morcelé, surtout si certains groupes
disposent du pouvoir d'empêcher : c'est la polyarchie selon Dahl, le pouvoir de plusieurs.
Il existe également des modèles néo-corporatistes. Les thèses insistent sur la stabilité des
alliances constituées entre certaines forces et sur l'existence d'une sorte de cogestion des affaires
entre pouvoir public et certaines forces sociales. La loi devient alors l'expression de compromis
recherchés entre les instances politiques et les partenaires sociaux qui sont érigés en interlocuteurs
privilégiés du pouvoir. Certains auteurs montrent que la marge de manœuvre des autorités
politiques se restreint sous le fait de multiples facteurs (ex : imbrication croissante des économies
nationales...).
§2.Le fonctionnement du système politique :
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Un système « est un ensemble complexe d'éléments agissant entre eux et assurant certaines
fonctions ». Selon David Easton, un système politique « est « l'ensemble des interactions par
lesquelles s'effectue l'allocation autoritaire des valeurs ».
Pour David Easton, tout système politique entretient un double rapport avec son environnement
: il prélève des ressources et assure des prestations.
I) Prélèvement des ressources :
En effet, pour remplir ses missions, tout système politique a besoin d'un certain nombre de
moyens qu'il tire de son environnement (capacité extractive). Il doit alors s'assurer la coopération
permanente des individus pour mettre en œuvre les décisions et en contrôler l'application. Il doit
également se procurer des ressources financières pour couvrir les frais de l'action publique (collecte
des impôts). Cette capacité à se procurer les moyens nécessaires au bon fonctionnement dépend de
deux facteurs : le niveau de prospérité de la société gérée et le niveau de légitimité des gouvernants
(plus ils sont soucieux de défendre leur régime politique car estimé comme légitime, mieux ils
accepteront les sacrifices).
II) La capacité distributive (assuré des prestations) :
Le système politique produit des décisions afin de répondre aux exigences des individus. Tout
système offre des avantages matériels ou symboliques aux membres ; les gouvernants ont intérêt à
répondre aux attentes de la société en fournissant des prestations aux individus. Cela se manifeste
sur le terrain de la sécurité (juridique, physique), par le versement de fonds, par la fourniture
d'équipements publics... Cette fourniture de prestations réactive le lien social et produit des
comportements de soutien (effet feed-back d’Easton). De nouvelles exigences apparaissent, etc.
§3. Qu'est-ce que gouverner ?
On observe une grande diversité des modes d'action des gouvernants. Deux aspects sautent aux
yeux : gouverner, c'est faire face à un certain nombre de confrontations et négocier, mais c'est aussi
agir sur le réel et sur les représentations du réel.
L'État se caractérise par le monopole de la coercition légitime. Mais les dirigeants politiques ne
procèdent pas seulement par injonctions. La réalité du travail politique, c'est décider, imposer,
négocier. Certaines formes de négociation sont par ailleurs organisées (internationales, entre
pouvoirs publics...), d'autres moins informelles les dirigeants doivent identifier les problèmes à
traiter, mobilier les soutiens nécessaires, mesurer les résistances...
Parfois, les dirigeants politiques sont obligés de laisser se développer la confrontation, qui se
traduit par des manifestations. Il y a toujours dans le travail politique cette association entre souci
de négocier et éventuellement devoir surmonter les confrontations.
Il s'agit également d'agir sur les représentations du réel que se font les citoyens. Le pouvoir des
dirigeants politiques se concrétise par la prise de décisions, mais l'activité politique, c'est aussi un
certain nombre de déclarations d'intention, de certaines prises de position, de certaines annonces
exercées par le pouvoir, c'est aussi communiquer. Le travail politique façonne les représentations
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que les citoyens se font de leur avenir collectif, de leurs conditions d'existence. Il est parfois difficile
de modifier les tendances lourdes d'une société : on tentera alors de modifier les perceptions des
citoyens. Ce travail est intense en période électorale. Le discours politique est souvent là pour créer